Interview avec Moguai

Mercredi passé, j'ai eu l'occasion de m'entretenir à l'Ancienne Belgique de Bruxelles avec un des pionniers de la scène électronique allemande, à savoir Moguai. Ce dernier assurait la première partie du concert de Deadmau5, il a pris un bon quart d'heure après sa prestation pour nous livrer ses impressions, ses états d'âmes et ses opinions, à travers ces quelques questions...

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- Pour commencer, qui est Moguai ? En bref.
C’est une question difficile, tu sais car je ne saurais pas te raconter toute l’histoire de ma vie en si peu de temps…

- Mais de manière résumée, ta carrière ? Tu as si un long parcours.
À l’époque, j’ai fait mon Abitur après avoir étudié le droit mais c’est pendant mes études que j’ai sorti mon premier hit « Captain Future » qui a fait un carton (top 10 allemand) ce qui a été LE déclic initial qui m’a fait m’investir dans la musique, quoique de manière peu sérieuse à mes débuts.

- C’est devenu un peu plus sérieux par la suite, non ?
C’est devenu beaucoup plus sérieux oui, plus respecté aussi. Tu sais à l’époque, il y a 10, 12 ans, ce n’était pas si respecté en Allemagne, où l’on te disait : « Comment ? Tu es DJ et producteur ? Tu fais quoi d’autre comme boulot ? ». Ce n’était vraiment pas pris au sérieux mais grâce au fait que j’ai produit tellement de tracks et de remixes, les gens prenaient mon métier au sérieux et c’est bien comme ça. Oui euh, et maintenant je suis assis ici et je fais une interview avec toi haha. J’ai sorti un album, je viens de faire une tournée aussi. Une tournée européenne et voilà. En gros, «Lange Rede, kurzer Sinn» (NDLR : expression typiquement allemande pour dire « bref »), je suis arrivé à la musique par détours…

- Tu en es heureux évidemment.
Très heureux car j’aime beaucoup ce que je fais et que ce n’est pas du tout épuisant pour moi de faire une tournée de 18 soirées…

- Ce n’est que du fun.
Super, oui !

- Tu es dans le business depuis bien 10 ans…
15 ans même.

- 15 ? Tu as su assister à toute l’évolution de la scène alors, tu y étais impliqué !
Oui, oui, je les connais tous aussi comme Sven Väth, Westbam ou Paul van Dyk, je les connais tous très bien.

- Est-ce que tu fais partie des gens qui pensent que tout était mieux avant, à l’époque ?
Non, je ne suis vraiment pas comme ca, le présent c’est maintenant et ce qui est passé est passé. C’était… différent avant, c’était plus euphorique, ainsi que plus « interdit »…

- Avec les raves ouais.
Exact ! Et tu vois, avant, j’ai déjà joué à des soirées où il y avait un générateur de courant et tout le reste était éclairé par des bougies…

- Dans un vieux machin.
Tout à fait, des bougies tout autour de nous et nous faisions la fête pendant 2 jours. Il est difficile de vivre une expérience pareille de nos jours, ce que je trouve dommage. Toute cette culture de la rave… enfin, ceux qui sont présents sur la scène là maintenant ne savent pas toujours comment tout a débuté, c’est pour cela qu’ils le vivent différemment que nous mais c’est aussi bien. Ce qui est important je trouve, c’est qu’un monde sans musique électronique est impensable de nos jours, parce qu’elle fonctionne mondialement. C’est comme le jazz, ou le rock, on va dire.

- C’est universel.
Oui, tout à fait ! Que je joue à Sydney, ou à Bangkok, Buenos Aires ou même Bruxelles...

- Tu as été partout, toi!
Oh oui, un peu partout. Enfin, j’ai fait tous les continents en tout cas.

- Enfin après 15 ans, tu t’es enfin décidé à sortir un album solo. Pourquoi avoir attendu 10…
15 ans !

- Oui 15, désolé. Ça sonne un peu marrant je trouve.
C’est marrant oui car j’ai sorti tellement de maxis à succès ou remixes et tout le monde me demandait, comme toi là maintenant « Quand est-ce qu’il arrive l’album ? » et moi « Eh ben, pourquoi ? ». Je n’étais pas vraiment…

- Pas d’humeur à produire un album.
Oui car je trouvais que ça devait véhiculer quelque chose, une déclaration. J’ai fait tellement de compilations pour Ministry of Sound par exemple, pour tellement de personnes et organisations, mais je n’avais jamais fait d’album mais là c’est venu « comme ça »…

- We Are Lyve.
Oui « We Are Lyve » m’est sorti sur le moment, sans trop réfléchir. J’ai fait un album, qui ne doit pas forcément contenir des hits potentiels.

- Un album qui vient du cœur, quoi !
Exact. Pas de hits, juste de la musique. De la bonne musique.

- Penses-tu que ton album est un grand melting-pot de toutes tes influences, de tes expériences sur tes 15 années de carrière ?
Non, pas du tout ! C’est juste moi, au moment présent. Je n’ai pas fait de retour en arrière parce que… on s’en fout ! On vit maintenant et je ne vais pas faire revivre ces années au travers de l’album pour dire « Je suis là depuis assez longtemps. », je peux faire ça dans 10 ans tu sais. Là je pourrais dire « Oh, maintenant je fais un best-of ».

- Tu as encore le temps.
Oui absolument. Maintenant, c’est « time is now » tu sais.

- Au fait, pourquoi avoir choisi le label de Deadmau5 « Mau5trap » ?
Car je trouvais que le style musical s’y prête et je ne l’aurais pas signé autre part.

- Tu entretiens des bonnes relations avec la souris morte, non ?
Ouais, nous étions ensemble pendant 18 soirées et je viens encore de papoter avec. Hier nous étions à une de ces soirées…

- Bootshaus ?
Oui ! Il y avait du stage-diving et à un moment, le club entier s’est assis pendant le break puis s’est relevé en même temps…

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- J’ai déjà vu des vidéos de trucs pareils en Argentine. Enfin, tu ne trouveras pas ça en Belgique haha. En parlant de ça d’ailleurs, tu connais quoi de la Belgique ?
À propos de qui ?

- Bah…la Belgique tiens !
Aaaaah. J’ai eu 3 ans de néerlandais à l’école avant…

- Spreek je goed Nederlands ?
Ik kan het niet no goed praten maar ik kan een beetje verstaaan.
(éclat de rire général)

- (Ricardo) : Zeer goed!
Haha, j’ai même passé un certificat à l’époque car je voulais étudier à la Haute École d’Amsterdam mais j’ai finalement laissé tomber. Pour la Belgique, je sais qu’il y a la partie néerlandophone, la partie francophone et la partie bruxelloise. J’ai fait quelques activités touristiques cet après-midi. J’en sais pas plus. Ah, bonne bière ! (en soulevant sa canette de Stella)

- Ah Stella, ma bière préférée.
Je pense que je sais à peu près tout. Ah oui, Astérix et Obélix viennent d’ici non ?

- (vers Ricardo) Astérix et Obélix, c’est belge ?

- (Ricardo) Oui, oui, oui !

Et alors ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Haha.

- Mais j’suis plus un allemand, moi…
Haha ! On les voit partout ces petites figurines ici.

- Plus sérieusement, pour en revenir à ta carrière, as-tu eu des moments lors desquels tu t’es dit « Fuck, j’aurais dû faire cela autrement ! » ?
Hmmm… J’ai eu cet énorme complexe de 2 grands studios à un moment et une agence évènementielle. J’ai fait cela pendant 4 ans. Et 3 années furent de trop. J’aurais dû arrêter plus tôt car c’en était trop. Je m’occupais plus de tout ce qui était « extra-musical » plutôt que la musique en elle-même. Mon album n’aurait probablement jamais vu le jour si j’avais continué ainsi, c’était trop.

- Tu n’avais plus vraiment le temps.
Oui, il y avait beaucoup trop « d’autres choses », c’est pour cela que j’ai dit « c’est fini », je l’ai fait il y a 1 an et demi et puis l’album est sorti.

- Heureusement !
Et oui ! Et ça continue, l’année prochaine en viendra un autre.

- Quoi ? Un nouvel album ?
Oui ,fin de l’année ! Le premier maxi en tout cas.

- Je me réjouis de l’avoir sous la main.
Oui, pareillement haha.

- Dans ta longue carrière, tu as su assister au passage du vinyle aux médias digitaux. Qu’en penses-tu ?
Ma toute première tournée australienne, je jouais encore aux vinyles. C’était en 2004. J’avais 2 grosses valises avec moi et j’ai dû payer 2500€ d’excédent de bagages car j’ai volé 14 fois dans le pays et parce que c’était si lourd et si cher de voler avec. Mais j’étais un amoureux du vinyle et je ne jouais rien d’autre ! Même pas un CD, je n’avais jamais un seul CD ! Puis j’ai fait une pause et j’ai commencé à recevoir plus de trucs sur CD que sur vinyle et puis je suis passé aux CDs. Aujourd’hui, je ne joue plus qu’aux CDJs et ici pour la première fois de ma vie, j’ai fait un live. Toute la tournée, je l’ai jouée en live avec Ableton Live avec des contrôleurs externes. Oui, tout nouveau, une toute nouvelle expérience pour moi.

- Tout est digital.
Oui, une nouvelle forme de l’interprétation musicale.

- Tu as plus de contrôle.
C’est interactif ! Je sais faire des loops, je sais faire des edits complètements déjantés en live que je n’aurais pas pu faire en temps normal et ne plus jouer une track après l’autre, de façon statique.

- L’évolution est donc positive pour toi ?
Que c’est arrivé et que ça suit son cours, je pense que si l’on fait de la musique, de la musique électronique, c’est une conséquence logique.

- Mais avec l’avènement du digital, les petits artistes ont plus de facilité à sortir leurs tracks. On a parfois l’impression que la quantité prime sur la qualité…
Ce qui est vraiment merdique, c’est que les ventes en souffrent. Que tu sais difficilement gagner de l’argent en produisant de la musique. Tu dois vraiment avoir un hit massif. J’ai déjà eu quelques hits, avec des artistes pop aussi. J’ai même eu 4 disques de platine avec Sugarbabes ou Girls Aloud. Mais sur ces 4 fois platine, j’aurais bien dû recevoir 40 fois platines sur les téléchargements illégaux. Mais si tu fais quelque chose de grand, tu peux en vivre assez bien. Malheureusement, il est devenu difficile de ne faire plus que cela. Comme Madonna par exemple, elle ne fait plus d’album avec une maison de disque mais avec une société évènementielle car l’album est juste là afin qu’elle puisse faire des concerts ! Je trouve ça dommage car lorsque tu vas au ciné pour aller voir Robin Hood ou le Seigneur des Anneaux, tu paies pour. Et la création d’un film, les acteurs, ça coute quelque chose. Et nous ne voulons pas tous mourir cons et nous avons envie de voir ces films et de nous amuser. Comme si nous venions ici et disions « Hé, de la musique géniale, ça donne envie » et vouloir profiter de tout ça gratuitement, ce n’est pas ok pour moi.

- Le téléchargement illégal, c’est un peu devenu normal dans la tête des gens, surtout les plus jeunes.
C’est merdique hein, c’est bête car maintenant les jeunes justifient que c’est gratuit, tout le monde le fait alors on en profite. C’est comme si une fois j’avais assassiné quelqu’un, tout s’est bien passé et personne ne m’a suspecté. Cool, je peux donc continuer à tuer maintenant. Ok, la comparaison n’est pas terrible mais tu vois ce que je veux dire. On ne peut pas justifier le téléchargement illégal. Et si ces gens vont quelque part, cette jeune génération, 15-18 ans whatever. Ces jeunes vont travailler pendant les vacances. Je ne sais pas, à l’école on va dire. Ils travaillent pendant 3 semaines. Ou 6 semaines. Après ces 3-6 semaines, leur patron leur dit « Super, tape m’en 5 ! ». Et ma thune ? « Non, c’était bien que tu sois ici non ? On a passé un bon moment ensemble, non ?». Alors qu’est-ce que tu vas répondre ?

- Mais tu peux aller te faire foutre.
Absolument, c’est exactement la même chose.

- C’est une réaction tout à fait normale. Tu veux être payé pour ce que tu as fait, pour ton travail.
C’est normal, oui ! C’est comme si tu vendais des t-shirts par-là, ou que tu servais des bières là-derrière, que tu nettoies la salle après la soirée ou travaillais à la caisse, ils doivent tous vivre de quelque chose ces gens. C’est vraiment déplorable et il faut trouver une solution. That’s all.

- J’approuve. As-tu une dernière chose à dire à nos Be-danceux, tes amis belges ?
Profitez de la vie, passez du bon temps et… « we’re here for a good time, not for a long time » (Nous sommes ici pour un bon moment, mais pas pour un long moment) !


Un grand merci à Joe Gamp de Get In!PR d'avoir rendu cette interview possible, ainsi qu'à Popane_be-dance.be pour la correction.
- Pour commencer, qui est Moguai ? En bref.
C’est une question difficile, tu sais car je ne saurais pas te raconter toute l’histoire de ma vie en si peu de temps…

- Mais de manière résumée, ta carrière ? Tu as si un long parcours.
À l’époque, j’ai fait mon Abitur après avoir étudié le droit mais c’est pendant mes études que j’ai sorti mon premier hit « Captain Future » qui a fait un carton (top 10 allemand) ce qui a été LE déclic initial qui m’a fait m’investir dans la musique, quoique de manière peu sérieuse à mes débuts.

- C’est devenu un peu plus sérieux par la suite, non ?
C’est devenu beaucoup plus sérieux oui, plus respecté aussi. Tu sais à l’époque, il y a 10, 12 ans, ce n’était pas si respecté en Allemagne, où l’on te disait : « Comment ? Tu es DJ et producteur ? Tu fais quoi d’autre comme boulot ? ». Ce n’était vraiment pas pris au sérieux mais grâce au fait que j’ai produit tellement de tracks et de remixes, les gens prenaient mon métier au sérieux et c’est bien comme ça. Oui euh, et maintenant je suis assis ici et je fais une interview avec toi haha. J’ai sorti un album, je viens de faire une tournée aussi. Une tournée européenne et voilà. En gros, «Lange Rede, kurzer Sinn» (NDLR : expression typiquement allemande pour dire « bref »), je suis arrivé à la musique par détours…

- Tu en es heureux évidemment.
Très heureux car j’aime beaucoup ce que je fais et que ce n’est pas du tout épuisant pour moi de faire une tournée de 18 soirées…

- Ce n’est que du fun.
Super, oui !

- Tu es dans le business depuis bien 10 ans…
15 ans même.

- 15 ? Tu as su assister à toute l’évolution de la scène alors, tu y étais impliqué !
Oui, oui, je les connais tous aussi comme Sven Väth, Westbam ou Paul van Dyk, je les connais tous très bien.

- Est-ce que tu fais partie des gens qui pensent que tout était mieux avant, à l’époque ?
Non, je ne suis vraiment pas comme ca, le présent c’est maintenant et ce qui est passé est passé. C’était… différent avant, c’était plus euphorique, ainsi que plus « interdit »…

- Avec les raves ouais.
Exact ! Et tu vois, avant, j’ai déjà joué à des soirées où il y avait un générateur de courant et tout le reste était éclairé par des bougies…

- Dans un vieux machin.
Tout à fait, des bougies tout autour de nous et nous faisions la fête pendant 2 jours. Il est difficile de vivre une expérience pareille de nos jours, ce que je trouve dommage. Toute cette culture de la rave… enfin, ceux qui sont présents sur la scène là maintenant ne savent pas toujours comment tout a débuté, c’est pour cela qu’ils le vivent différemment que nous mais c’est aussi bien. Ce qui est important je trouve, c’est qu’un monde sans musique électronique est impensable de nos jours, parce qu’elle fonctionne mondialement. C’est comme le jazz, ou le rock, on va dire.

- C’est universel.
Oui, tout à fait ! Que je joue à Sydney, ou à Bangkok, Buenos Aires ou même Bruxelles.

- Tu as été partout, toi.
Oh oui, un peu partout. Enfin, j’ai fait tous les continents en tout cas.

- Enfin après 15 ans, tu t’es enfin décidé à sortir un album solo. Pourquoi avoir attendu 10…
15 ans !

- Oui 15, désolé. Ça sonne un peu marrant je trouve.
C’est marrant oui car j’ai sorti tellement de maxis à succès ou remixes et tout le monde me demandait, comme toi là maintenant « Quand est-ce qu’il arrive l’album ? » et moi « Eh ben, pourquoi ? ». Je n’étais pas vraiment…

- Pas d’humeur à produire un album.
Oui car je trouvais que ça devait véhiculer quelque chose, une déclaration. J’ai fait tellement de compilations pour Ministry of Sound par exemple, pour tellement de personnes et organisations, mais je n’avais jamais fait d’album mais là c’est venu « comme ça »…

- We Are Lyve.
Oui « We Are Lyve » m’est sorti sur le moment, sans trop réfléchir. J’ai fait un album, qui ne doit pas forcément contenir des hits potentiels.

- Un album qui vient du cœur, quoi !
Exact. Pas de hits, juste de la musique. De la bonne musique.

- Penses-tu que ton album est un grand melting-pot de toutes tes influences, de tes expériences sur tes 15 années de carrière ?
Non, pas du tout ! C’est juste moi, au moment présent. Je n’ai pas fait de retour en arrière parce que… on s’en fout ! On vit maintenant et je ne vais pas faire revivre ces années au travers de l’album pour dire « Je suis là depuis assez longtemps. », je peux faire ça dans 10 ans tu sais. Là je pourrais dire « Oh, maintenant je fais un best-of ».

- Tu as encore le temps.
Oui absolument. Maintenant, c’est « time is now » tu sais.

- Au fait, pourquoi avoir choisi le label de Deadmau5 « Mau5trap » ?
Car je trouvais que le style musical s’y prête et je ne l’aurais pas signé autre part.

- Tu entretiens des bonnes relations avec la souris morte, non ?
Ouais, nous étions ensemble pendant 18 soirées et je viens encore de papoter avec. Hier nous étions à une de ces soirées…

- Bootshaus ?
Oui ! Il y avait du stage-diving et à un moment, le club entier s’est assis pendant le break puis s’est relevé en même temps…

- J’ai déjà vu des vidéos de trucs pareils en Argentine. Enfin, tu ne trouveras pas ça en Belgique haha. En parlant de ça d’ailleurs, tu connais quoi de la Belgique ?
À propos de qui ?

- Bah…la Belgique tiens !
Aaaaah. J’ai eu 3 ans de néerlandais à l’école avant…

- Spreek je goed Nederlands ?
Ik kan het niet no goed praten maar ik kan een beetje verstaaan.
(éclat de rire général)

- (Ricardo) : Zeer goed!
Haha, j’ai même passé un certificat à l’époque car je voulais étudier à la Haute École d’Amsterdam mais j’ai finalement laissé tomber. Pour la Belgique, je sais qu’il y a la partie néerlandophone, la partie francophone et la partie bruxelloise. J’ai fait quelques activités touristiques cet après-midi. J’en sais pas plus. Ah, bonne bière ! (en soulevant sa canette de Stella)

- Ah Stella, ma bière préférée.
Je pense que je sais à peu près tout. Ah oui, Astérix et Obélix viennent d’ici non ?

- (vers Ricardo) Astérix et Obélix, c’est belge ?

- (Ricardo) Oui, oui, oui !
Alors ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Haha.

- Mais j’suis plus un allemand, moi…
Haha ! On les voit partout ces petites figurines ici.

- Plus sérieusement, pour en revenir à ta carrière, as-tu eu des moments lors desquels tu t’es dit « Zut, j’aurais dû faire cela autrement ! » ?
Hmmm… J’ai eu cet énorme complexe de 2 grands studios à un moment et une agence évènementielle. J’ai fait cela pendant 4 ans. Et 3 années furent de trop. J’aurais dû arrêter plus tôt car c’en était trop. Je m’occupais plus de tout ce qui était « extra-musical » plutôt que la musique en elle-même. Mon album n’aurait probablement jamais vu le jour si j’avais continué ainsi, c’était trop.

- Tu n’avais plus vraiment le temps.
Oui, il y avait beaucoup trop « d’autres choses », c’est pour cela que j’ai dit « c’est fini », je l’ai fait il y a 1 an et demi et puis l’album est sorti.

- Heureusement !
Et oui ! Et ça continue, l’année prochaine en viendra un autre.

- Quoi ? Un nouvel album ?
Oui ,fin de l’année ! Le premier maxi en tout cas.

- Je me réjouis de l’avoir sous la main.
Oui, pareillement haha.

- Dans ta longue carrière, tu as su assister au passage du vinyle aux médias digitaux. Qu’en penses-tu ?
Ma toute première tournée australienne, je jouais encore aux vinyles. C’était en 2004. J’avais 2 grosses valises avec moi et j’ai dû payer 2500€ d’excédent de bagages car j’ai volé 14 fois dans le pays et parce que c’était si lourd et si cher de voler avec. Mais j’étais un amoureux du vinyle et je ne jouais rien d’autre ! Même pas un CD, je n’avais jamais un seul CD ! Puis j’ai fait une pause et j’ai commencé à recevoir plus de trucs sur CD que sur vinyle et puis je suis passé aux CDs. Aujourd’hui, je ne joue plus qu’aux CDJs et ici pour la première fois de ma vie, j’ai fait un live. Toute la tournée, je l’ai jouée en live avec Ableton Live avec des contrôleurs externes. Oui, tout nouveau, une toute nouvelle expérience pour moi.

- Tout est digital.
Oui, une nouvelle forme de l’interprétation musicale.

- Tu as plus de contrôle.
C’est interactif ! Je sais faire des loops, je sais faire des edits complètements déjantés en live que je n’aurais pas pu faire en temps normal et ne plus jouer une track après l’autre, de façon statique.

- L’évolution est donc positive pour toi ?
Que c’est arrivé et que ça suit son cours, je pense que si l’on fait de la musique, de la musique électronique, c’est une conséquence logique.

- Mais avec l’avènement du digital, les petits artistes ont plus de facilité à sortir leurs tracks. On a parfois l’impression que la quantité prime sur la qualité…
Ce qui est vraiment merdique, c’est que les ventes en souffrent. Que tu sais difficilement gagner de l’argent en produisant de la musique. Tu dois vraiment avoir un hit massif. J’ai déjà eu quelques hits, avec des artistes pop aussi. J’ai même eu 4 disques de platine avec Sugarbabes ou Girls Aloud. Mais sur ces 4 fois platine, j’aurais bien dû recevoir 40 fois platines sur les téléchargements illégaux. Mais si tu fais quelque chose de grand, tu peux en vivre assez bien. Malheureusement, il est devenu difficile de ne faire plus que cela. Comme Madonna par exemple, elle ne fait plus d’album avec une maison de disque mais avec une société évènementielle car l’album est juste là afin qu’elle puisse faire des concerts ! Je trouve ça dommage car lorsque tu vas au ciné pour aller voir Robin Hood ou le Seigneur des Anneaux, tu paies pour. Et la création d’un film, les acteurs, ça coute quelque chose. Et nous ne voulons pas tous mourir cons et nous avons envie de voir ces films et de nous amuser. Comme si nous venions ici et disions « Hé, de la musique géniale, ça donne envie » et vouloir profiter de tout ça gratuitement, ce n’est pas ok pour moi.

- Le téléchargement illégal, c’est un peu devenu normal dans la tête des gens, surtout les plus jeunes.
C’est merdique hein, c’est bête car maintenant les jeunes justifient que c’est gratuit, tout le monde le fait alors on en profite. C’est comme si une fois j’avais assassiné quelqu’un, tout s’est bien passé et personne ne m’a suspecté. Cool, je peux donc continuer à tuer maintenant. Ok, la comparaison n’est pas terrible mais tu vois ce que je veux dire. On ne peut pas justifier le téléchargement illégal. Et si ces gens vont quelque part, cette jeune génération, 15-18 ans whatever. Ces jeunes vont travailler pendant les vacances. Je ne sais pas, à l’école on va dire. Ils travaillent pendant 3 semaines. Ou 6 semaines. Après ces 3-6 semaines, leur patron leur dit « Super, tape m’en 5 ! ». Et ma thune ? « Non, c’était bien que tu sois ici non ? On a passé un bon moment ensemble, non ?». Alors qu’est-ce que tu vas répondre ?

- Mais tu peux aller te faire foutre.
Absolument, c’est exactement la même chose.

- C’est une réaction tout à fait normale. Tu veux être payé pour ce que tu as fait, pour ton travail.
C’est normal, oui ! C’est comme si tu vendais des t-shirts par-là, ou que tu servais des bières là-derrière, que tu nettoies la salle après la soirée ou travaillais à la caisse, ils doivent tous vivre de quelque chose ces gens. C’est vraiment déplorable et il faut trouver une solution. That’s all.

- J’approuve. As-tu une dernière chose à dire à nos Be-danceux, tes amis belges ?
Profitez de la vie, passez du bon temps et… « we’re here for a good time, not for a long time » (Nous sommes ici pour un bon moment, mais pas pour un long moment) !